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 Pertinent article sur la PAUVRETE, vu par "La Croix&quo

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MessageSujet: Pertinent article sur la PAUVRETE, vu par "La Croix&quo   Dim 12 Mar - 6:28

Moins d'emplois aidés, plus d'exclusion

Annoncée par l'Insee et confirmée par l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion dans son rapport 2005-2006, l'augmentation de la pauvreté depuis 2003 s'explique principalement par la dégradation du marché de l'emploi



Photo prise le 27 janvier 2006 à Paris, de deux SDF, alors que la capitale passait au niveau 2 ("grand froid") du plan d'urgence hivernal, qui prévoit une vigilance accrue vis-à-vis des personnes sans abri (photo Saget/AFPR).


Le fait est aujourd’hui établi : il y a eu une aggravation de la pauvreté entre 2003 et 2005. Annoncée en décembre par l’Insee et confirmée par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion dans son rapport 2005-2006, la nouvelle est alarmante. D’autant qu’elle marque une rupture avec une tendance régulière à la baisse. De 12 % en 1970, le taux de pauvreté monétaire en France (1) était en effet progressivement tombé à 5,9 % en 2002, malgré de petites remontées en 1996 ou en 2000.

Combien y a-t-il de personnes pauvres en France ?
En s’appuyant sur les revenus déclarés au fisc, ainsi que sur les statistiques du ministère de l’emploi concernant les allocataires de minima sociaux, l’Insee est venue confirmer ce que certains redoutaient : après un ralentissement de la baisse en 2002, la pauvreté a repris le chemin de la hausse l’année suivante. Fin 2003, 3,7 millions de Français, soit 6,3 % d’entre eux, vivaient avec moins de 50 % du revenu médian national (645 € par mois pour une personne seule). Ils étaient même 7 millions dans ce cas, soit 12 % de la population, si l’on retient la définition européenne de la pauvreté (60 % du revenu médian, soit 774 € par mois).

De surcroît, et comme le reconnaît l’Observatoire, « certaines populations sont mal prises en compte », notamment les personnes les plus en difficulté ou marginales, « qui échappent largement à la statistique publique ». Il s’agit notamment des personnes sans abri, mais aussi de celles « accueillies dans des centres d’hébergement, des foyers, des prisons, des hôpitaux, des maisons de retraite, etc. » Or, selon l’Observatoire de la pauvreté, une partie de cette population (qui représente 2 % de l’ensemble) « se situe vraisemblablement parmi les ménages les plus pauvres ».

Quel est leur profil ?
Les personnes seules, les familles monoparentales – surtout quand elles ont à leur tête une femme – et les moins de 25 ans sont les plus touchés. Le Secours catholique et Médecins du monde, membres de l’Observatoire national, font également état d’« une possible remontée de la pauvreté des personnes âgées, notamment lorsqu’elles sont seules ». « Entre 1996 et 2002, l’évolution la plus spectaculaire est la baisse du taux de pauvreté des familles nombreuses », note en revanche le rapport : alors qu’elles avaient en 1996 un risque de pauvreté presque deux fois supérieur au taux moyen, l’écart s’est considérablement réduit en 2002. Autre point positif de l’enquête : l’intensité de la pauvreté continue à décroître. En 2003, le revenu moyen des ménages pauvres s’élevait ainsi à 533 €, soit 112 € de moins que le seuil officiel, « nettement en dessous des niveaux du début de la décennie ».

Comment expliquer l’augmentation de la pauvreté ?
Les raisons sont d’abord démographiques. En effet, la pauvreté a cessé de diminuer chez les personnes âgées. « Ces vingt dernières années, les personnes qui décédaient étaient proportionnellement plus pauvres que celles qui arrivaient dans la classe d’âge », souligne Jean-Luc Outin, économiste, chargé de recherche au CNRS et membre de l’Observatoire. « Elles étaient plus souvent bénéficiaires du minimum vieillesse alors que les “jeunes” retraités, qui avaient effectué des carrières plus longues, bénéficiaient plutôt de pensions de retraite plus confortables. » Mais les chercheurs s’attendent, ces prochaines années, à une légère reprise de la pauvreté des personnes âgées, sous le coup de la réforme des retraites.

Plus encore que la démographie, c’est la dégradation du marché de l’emploi à partir de 2001 et 2002 qui explique l’aggravation de la pauvreté. Car, comme le rappelle Yannick L’Horty, professeur à l’université d’Évry, cette dernière « suit assez fidèlement la courbe du chômage de longue durée ». Traditionnellement, elle se situe d’ailleurs à un niveau élevé dans les régions où les personnes durablement éloignées de l’emploi sont les plus nombreuses : Nord-Pas-de-Calais, Ardennes, Picardie, Corse, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Or, victime d’une croissance économique atone, le chômage de longue durée est reparti à la hausse en 2003 (+ 11 % entre début 2003 et début 2005).

Comble de malchance, les partenaires sociaux ont décidé fin 2002 de durcir les conditions d’indemnisation du chômage. Résultat : la part des demandeurs d’emploi bénéficiant des allocations de chômage est tombée de 63,9 % fin 2003 à 58 % en septembre 2005. Les autres ont basculé soit vers la « solidarité nationale », autrement dit l’allocation de solidarité spécifique ou le revenu minimum d’insertion.

De quoi vivent les ménages pauvres ?
Les minima sociaux constituent l’un des visages de la pauvreté. De fait, ils sont quasiment tous inférieurs au seuil retenu par l’Insee (425 € par exemple pour le RMI versé à une personne seule, 638 € pour un couple) et leur faible revalorisation (1,8 % en moyenne chaque année) n’arrange guère les choses. Or, depuis 2003, les départements et les services de l’État ont constaté une remontée en flèche du nombre de leurs allocataires. En 2004, le nombre de RMistes a ainsi bondi de 8,5 % pour atteindre 1,2 million. Fin septembre 2005, la hausse atteignait à nouveau 6,2 %. Quant à l’allocation adulte handicapé, le nombre de ses bénéficiaires s’est accru en moyenne de 5,5 % par an entre 1995 et 2004.

Mais une frange croissante des ménages pauvres vit des revenus du travail : ce sont les « travailleurs pauvres ». Certains, d’ailleurs, cumulent les deux, puisque cette possibilité leur est offerte, sous certaines conditions, depuis 1998. « Si toute situation de chômage n’est pas synonyme de pauvreté, l’emploi ne protège pas, à lui seul, de la pauvreté », constate l’Observatoire.

En effet, « le caractère précaire d’un nombre croissant d’emplois et la faiblesse de certaines rémunérations conduisent des personnes, qui ont pourtant travaillé tout au long de l’année, à des situations de pauvreté ». La plupart, toutefois, sont salariés à temps partiel, victimes de longues phases de chômage ou travaillent par intermittence. Dans une étude d’octobre 2005 consacrée au sous-emploi, l’Insee évaluait à 1,2 million (soit près de 5 % des actifs) le nombre des personnes « travaillant à temps partiel mais moins qu’ils ne le souhaiteraient ». Cette probabilité était particulièrement élevée chez les « moins de 25 ans, les non-diplômés et les étrangers ».

Quelle a été la réponse du gouvernement ?
Si l’aggravation de la pauvreté est en grande partie liée à la conjoncture économique, la politique menée en matière d’emploi, au début des années 2000, n’a pas été neutre. En effet, alors que Lionel Jospin avait abondamment distribué les contrats aidés (contrats emploi- solidarité, contrats emploi consolidé, emplois- jeunes, etc.), Jean-Pierre Raffarin a d’abord choisi, lui, de miser sur l’emploi marchand. Mais c’est précisément à ce moment-là que le marché du travail s’est « retourné ». À l’époque, la seule initiative d’aide à l’emploi des plus fragiles a été la création en 2003 du « revenu minimum d’activité » (RMA), qui devait inciter les titulaires du RMI à reprendre un emploi. Mais ce RMA n’a pas connu le succès escompté.

Alors qu’à leur plus haut niveau en 2000, les emplois aidés concernaient 514 000 salariés, leur nombre est tombé à 292 000 fin 2004. « Or ce type de contrat sert normalement d’amortisseur lorsque la situation de l’emploi se dégrade, rappelle Jean-Luc Outin. Le salaire est souvent inférieur au seuil de pauvreté, mais si on y ajoute des allocations familiales ou logement, le ménage peut passer le seuil. »

Depuis, le gouvernement a corrigé le tir : ont été annoncés pêle-mêle la création des « contrats d’avenir » pour les titulaires de minima sociaux, du « contrat d’accompagnement dans l’emploi » pour les personnes rencontrant des difficultés d’insertion, du Civis pour les jeunes, et le lancement d’un plan en faveur des services à la personne. Enfin, le gouvernement a choisi d’axer sa politique sur le creusement des écarts entre «revenus de l’assistance et revenus du travail», par l’octroi de diverses primes en cas de reprise d’un emploi. Selon l’Observatoire de la pauvreté, ce type de contrats « devrait permettre d’atténuer les difficultés observées », mais seulement à partir de 2005 ou 2006.

Anne-Bénédicte HOFFNER

(1) Qui touche les personnes vivant avec moins de 50 % du revenu médian national.

***
Les chiffres de la pauvreté

Taux de pauvreté : en 2003, 6,3 % des Français vivaient dans un ménage dont le revenu était inférieur à 50 % de la médiane. Parmi ceux-là, 5,4 % disposaient d’un emploi. La pauvreté en conditions de vie (logement, consommation) a diminué de 1,4 % entre 1998 et 2004.

Pauvreté et chômage : en 2003, 17 % des chômeurs indemnisés et 31 % des chômeurs n’ayant pas droit à une indemnisation avaient un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté à 50 %.

Minima sociaux : en 2004, le nombre d’allocataires de minima sociaux était de 3 435 607, soit une augmentation de 3,4 % par rapport à 2003. Le taux de persistance dans le RMI pendant plus de trois ans était de 44,9 %.

Prime pour l’emploi (PPE) : 38,4 % des ménages ont bénéficié de la PPE au titre des revenus 2002 selon leur niveau de vie. Le montant moyen de la PPE était de 294 € par an, et représentait en moyenne 1,2 % du revenu disponible des bénéficiaires.

Accès aux droits : 11,2 % des Français ont renoncé en 2002 à des soins pour des raisons financières. En 2004, 14,2 % des élèves sortants du système scolaire gardaient un faible niveau d’études. 38,5 % des demandeurs d’emploi n’étaient pas indemnisés en 2004. En 2002, 33,6 % des demandes de logement social n’avaient pas été satisfaites après un an.

Profil des personnes démunies : les jeunes sont plus touchés par la pauvreté : en 2003, le taux de pauvreté était de 14,9 % pour les moins de 16 ans, de 16 % pour les 16-24 ans, alors qu’il était de 10,8 % pour les autres tranches d’âges. Les retraités, au contraire, sont moins pauvres que la moyenne des Français : 10 % des retraités étaient considérés comme pauvres en 2003, contre 12,4 % pour l’ensemble de la population. La pauvreté touche aussi particulièrement les femmes : alors qu’elles représentaient, en 2003, 51 % de la population française, les femmes comptent pour 53 % de la population pauvre.

Données extraites du rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale 2005-2006.

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